Jetez l'encre !

Exemples

Sélection par le groupe B juin 2022


Seul ?   Dany D.

                                            
A peine descendu du train, Ronald se figea. Il avait l'impression que quelqu'un, tapi dans le noir, l'observait. Au fond de lui-même, il savait bien qui projetait cette ombre.

 

Il en était sûr : c'était son double. Qui, une fois de plus, l'avait rattrapé. Inutile de parcourir des kilomètres, de changer de pays ou même d'hémisphère, de continent ! Pas besoin de se coiffer d'un bonnet ni de porter des lunettes noires. Vaine aussi l'idée de changer d'humeur et d'arborer un sourire malgré son désarroi intérieur.

 

L'autre, avec un grand A, serait toujours dans son sillage. Quels que soient le lieu, le vêtement porté ou le moment de la journée,  on n'échappe pas à son destin !

Il restait juste à déterminer la réponse à la question que le Professeur Jubzieliack lui avait assénée lors de son séjour à l'hôpital : l'Autre était-il réel ou n'existait-il que dans sa tête ?

 

 

La photo des collègues     Gene H.    

 

Vendredi soir,  Guy m’a invité chez lui, avec  tous les collègues du commissariat, à un dîner spaghetti.  Alors que les autres avaient apporté une bonne bouteille, je lui ai offert un cadre avec nos photos. Heureux de ce cadeau différent, il l’a suspendu au mur à un endroit bien visible  de la table.

  
L'apéro et le vin contribuèrent à rendre l'atmosphère conviviale et joyeuse. Tous les invités, sauf moi,  - qui  ne bois jamais d'alcool - étaient un peu éméchés et les plaisanteries fusaient de toute part.
 Soudain Maguy, l'épouse de Guy, notre hôte, sort comme une balle de la cuisine en lançant  à la joyeuse assemblée :


 ⎯ Et pas un qui m'aiderait ! Vous êtes tous des tire-au-flanc, les gars !
 Elle a, sans le vouloir, ouvert la boîte de Pandore et  donné le ton !
 
Des souvenirs remontent, l'alcool aidant, et chacun trouve à raconter une bévue commise par un membre de l'équipe.
 
⎯ Jules, tu ne m'as pas couvert correctement lors de la fusillade du mois passé, cela aurait pu virer au drame.   Hi ! Hi !
⎯ Alban,  la rumeur dit que tu as perdu une pièce à conviction, il y quelques années hi ! hi ! 
⎯ Jacques, tu es arrivé quelques fois en retard, nous laissant sans renfort ! Hi ! Hi ! 
Je sentais  mon tour arriver. Vite j’ai décidé de filer à l'anglaise voulant échapper à ces rappels de manquements. Au moment de franchir la porte, Guy s'interposa, me désignant le cadre du menton. 
⎯ Allez rentre donc, Laurent, il faut rire de ses erreurs, c'est ainsi qu'on forme une bonne équipe. 

Il avait raison. Ce fut la première fois que je me suis vraiment déridé. A votre santé !

 


Les myosotis    Dany D. 

 

Le vieil homme le lui avait assuré, il trouverait l'endroit en suivant les plaques blanches annonçant « Les Myosotis ».

 

Alors, Vincent se mit à marcher, lentement, pour ne pas glisser sur la neige, qui, maintenant, recouvrait les trottoirs et les buissons. La rue laissait encore apercevoir le noir du tarmac.

Le vieil homme lui avait dit : « En marchant d'un bon pas, m'fi, tu y seras en vingt minutes ».

Vincent aurait voulu marcher d'un bon pas. Mais il avait peur de manquer une plaque de signalisation. La neige tombait encore plus fort, au point de lui gêner la vue. Il était seul dans ce village perdu où personne ne se risquait à sortir par ce temps hivernal et il sentait le découragement le gagner.

Très vite, accotements et route se confondirent. Vincent ne savait pas si c'était le soir ou le mauvais temps qui rendait l'atmosphère si lugubre et il marchait encore, le regard étonnamment attiré par les myosotis indicateurs.

 

Maintenant que les maisons s'espaçaient, la neige s'arrêta de tomber. Une étrange lueur planait lorsque Vincent arriva à la sortie du petit village.

 

Mais, brusquement, des traces de pas très nettes apparurent dans l'épaisseur neigeuse. Devant la grille en fer forgé aux arabesques en forme de myosotis, Vincent suivit, malgré lui, ces empreintes et se retrouva, comme par magie, devant la tombe de son grand-père tant aimé.

 

 

Quand j’écris     Françoise G.

 

Quand j’écris, parfois les mots coulent, se bousculent, chantent comme un ruisseau joyeux. Tu les liras un sourire aux lèvres, l’esprit rafraîchi.


Quand j’écris, parfois me viennent des phrases profondes, lourdes de sens. Et je dois creuser, creuser encore pour trouver le mot juste, l’image évocatrice qui s’ancrera dans ton esprit, y germera peut-être.
Quand j’écris, parfois des bribes s'égarent dans les courants d’air de ma pensée, je m'élance avec des filets à papillon pour  rassembler mes idées qui se dispersent. Et je  lance des mots qui trouveront sans doute le chemin de tes yeux curieux .

 

Quand j’écris, parfois, c’est dans une urgence brûlante ; il me faut  exprimer les mots, les idées sans attendre, comme on sort les meubles d’une maison en feu, comme explosent les braises d’un élan amoureux. Peut-être les petites escarbilles de mes textes  te  réchaufferont-elles le cœur ? 

 

 

Nava-Joe et Chérie-kee     Gene H.    


 Consigne : cosmogonie : «D'où le bleu du ciel vient-il ? »
 
Il y a bien longtemps, tous les Indiens d'Amérique vénéraient  les dieux de la nature pour en  avoir pourvu la moindre fleur, le moindre brin d'herbe, de couleurs les plus raffinées. 


La terre mère est noire, brune ou marron comme la peau et les yeux des hommes. Le vert s'étend à perte de vue, décliné en mille nuances. Le jaune du soleil et des blés égaye la vie. Le ciel, tantôt laiteux, tantôt gris perle ou couleur feu, offre un spectacle  invitant à l'adoration.
Un jour, vint au monde un enfant chez le chef Nava-Joe et son épouse Chérie-kee. Le petit avait les yeux d'une couleur indicible : presque violets, ou presque verts ?  


D'abord, le chef ne voulut pas le reconnaître, mais le chaman, frère de son épouse, lui assura que cet enfant était un cadeau des dieux. Le chef accepta à condition que cette teinte jusque-là inconnue – et à laquelle on donna le nom de « bleu » -   soit largement représentée dans la nature.  Un défi pour le chaman mais qui  allait constituer  en même temps la preuve de son honnêteté et  donnerait  à l’enfant le droit de vivre.


Comme il s'était mis à pleuvoir, un arc-en-ciel se dessina au-dessus de la tribu. Le chamane se sentit investi par l'esprit du vent qui se mit à souffler au point de disperser  toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.  Le vert retourna dans la forêt, le blanc dans la rivière, le jaune s'éleva vers le soleil, le rouge raviva les fleurs. Seul le bleu subsista et se répandit partout dans le ciel. A l’évidence, le chaman avait raison, et le petit fut accueilli et vénéré comme un dieu. 

 

 

Je t’imagine        Maïté P.  


Je t’imagine petite brune, aux jolis cheveux ondulés comme ceux de ta maman,
Je t’imagine avec un caractère bien trempé comme celui de tes parents,
Je t’imagine, débrouillarde et têtue, n’en faisant qu’à ta tête,
Je t’imagine capricieuse quand tu seras fatiguée,
Je t’imagine câline, te serrant près de moi, réclamant encore une histoire,
Je t’imagine craquante,  le sourire malicieux,
Je t’imagine timide, me racontant tes secrets,
Je t’imagine forte et fière, bravant vents et marées pour les réaliser,
Je t’imagine rêveuse et déterminée, 
Je t’imagine heureuse et fière d’être une femme,
Je t’imagine petite - fille à naitre,
Qui  feras de moi, la plus heureuse des grand-mères.    

 


 Les plus beaux mots de la langue française               Françoise G.

 

Tourterelle :

Tourterelle, ton amour se roucoule, tour, tour, tourtereaux.
Tourterelle, dans le ciel tu t’envoles sur tes deux ailes
Tourterelle, exquise tourterelle, ta fidélité émerveille.


Emberlificoter :

Emberlificoter, c’est ficoter les emberles, enchevêtrer les berlis, térember un époustouflant réseau de difico. 
Peut s’appliquer aux arcanes et procrastinations de la bureaucratie, à une pelote de laine que le chat a conquise et bien sûr à  notre modeste humanité empêtrée dans ses contradictions…

 

 

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